Drame à l’état pur ! Païta avec Strauss et Mozart
05/01/2026
Wolfgang Amadeus Mozart : Symphonie n° 40 en sol mineur, K. 550 – Richard Strauss : Ein Heldenleben ; Grand Orchestre Symphonique de la RTB-BRT, Carlos Païta ; # Le Palais des Dégustateurs PDD050 ; Enregistrements publics 1968/1969, parution en janvier 2026 (72’20) – Critique de Remy Franck )

.Le Palais des Dégustateurs poursuit ses rééditions et éditions inédites d’enregistrements de Carlos Païta et vient d’en découvrir deux avec la Symphonie n° 40 en sol mineur, K. 550, de Mozart, et d’Ein Heldenleben de Richard Strauss.
Le Maestro argentin débute la K. 550 avec une légèreté presque dansante, avant de transformer l’Andante en un mouvement méditatif et mélancolique, presque une marche. La transparence de la texture musicale est phénoménale. Le menuet reste d’abord très sérieux, avant de devenir d’un lyrisme charmant dans le trio. L’Allegretto se déroule avec légèreté et, surtout, un grand contraste. La transparence et la clarté des lignes sont également remarquables dans ce mouvement.
Païta interprète Ein Heldenleben en 47 minutes et 56 secondes, un tempo tout à fait cohérent. L’introduction, la présentation du héros, se mue en un portrait musical, où l’on perçoit déjà des textures orchestrales très singulières, qui prennent une dimension encore plus saisissante lors de la description des adversaires du héros. La manière dont le chef d’orchestre évoque la violence et la brutalité des ennemis, la souffrance du héros tourmenté, son triomphe final, la consolation de son épouse, les menaces fantomatiques qui s’intensifient, la moquerie amusée du héros, digne de Till Eulenspiegel, et la sensualité écœurante de sa femme – tout cela relève d’une peinture sonore d’une rare intensité. Païta exploite pleinement la partition de Strauss pour illuminer le drame dans toute sa richesse rythmique et colorée.
Dans le quatrième mouvement, « Des Helden Walstatt » (Le Champ de bataille du héros), Païta illumine la scène comme s’il survolait l’action chaotique avec un drone. Les percussions, évoquant les coups de canon et les rafales de mitrailleuse, y jouent un rôle crucial.
Les « Œuvres de la Paix » se déploient avec calme et sobriété. Le chef d’orchestre dépeint avec maestria la lutte du protagoniste pour se libérer de sa peur, le tourment des souvenirs qui le hantent dans une sorte de cauchemar, et le réconfort avant qu’il ne quitte enfin la vie en paix.
J’ai écouté plusieurs enregistrements du poème symphonique de Strauss ces derniers mois, mais aucun ne révélait avec autant de clarté le programme musical sous-jacent que dans celui de Païta. Le fait qu’il soit parvenu à un tel résultat avec un orchestre qui, dans les années 1960, n’était certes pas parmi les meilleurs d’Europe, est remarquable.
