
Gustav Mahler : Symphonie n° 6 (Tragique) ; Orchestre Philharmonique de Liège, Carlos Païta ; # Le Palais des Dégustateurs PDD055 ; Enregistrement live 1997, sorti le 18.09.2026 (79’43) – Critique de Rémy Franck

La Sixième Symphonie de Gustav Mahler est l’une des œuvres qui s’est avérée précieuse à Carlos Païta avec toute sa passion et son engagement : il nous montre un Mahler irritable, nerveux, agressif, et il n’a certainement pas tort. Au moment où il écrivit la Sixième, Mahler était extrêmement préoccupé et se sentait – comme le montrent les lettres – dans la précipitation de l’impatience.
Même l’Andante, par s’autres version idyllique, semble ici bouleversé. Ainsi, cette sixième (jouée à un très haut niveau) n’est pas un pur plaisir. Elle met l’auditeur au défi et exige un examen conjoint d’une œuvre qui peut être enregistrée plus facilement avec d’autres chefs d’orchestre.
Il est fascinant de voir comment Païta examine la partition, comment elle est totalement accessible, spatialement large et profondément structurée. Il rend bien plus de musique audible que d’autres chefs d’orchestre et la colore de façon relativement vive, ce qui rend les contrastes encore plus captivants. Dans le premier mouvement, une tension forte et poignante, voire glaçante, naît de la pénétration intellectuelle extrêmement nuancée. Je ne pense pas l’avoir déjà entendu ainsi.
Le Scherzo, dirigé avec vivacité, est énigmatique et immensément inquiétant, avec des sons stridents et hurlants. Cela s’applique aussi à l’Andante, avec un mélange captivant de calme, de résignation, de mélancolie et de douleur perçante.
Le dernier mouvement est marqué par une tension presque insupportable. Le début est effrayant et s’intensifie avec une force vaste. L’agitation se propage avec des cris orchestraux terrifiants, remplacés par un cynisme mordant, des orages lointains et proches ou même des hurlements orchestraux qui ressemblent aux hurlements et aux gémissements d’un chien battu. Jamais le ciel au-dessus de ce mouvement n’a été aussi agité, rempli de nuages sombres, de soleil éblouissant, de tonnerre et d’éclairs… Un chaos !
Rémy Franck
