
01/10/2026
Giuseppe Verdi : Requiem ; Heather Harper (soprano), Josephine Veasey (mezzo-soprano), Carlo Bini (ténor), Hans Sotin (basse) ; London Philharmonic Choir, Royal Philharmonic Orchestra, Carlos Païta ; # Le Palais des Dégustateurs PDD063 ; enregistrement de 1975, parution le 02/10/2026 (84’29) – Critique de Remy Franck

Pour son enregistrement du Requiem de Verdi en 1975, Carlos Païta avait réuni un ensemble de premier ordre : d’excellents solistes, un bon orchestre et, surtout, le London Philharmonic Choir, préparé avec sa qualité habituelle par John Alldis.
Païta façonne la sonorité de ce chœur tantôt avec douceur et délicatesse, tantôt d’une main de fer. L’Introït débute de manière magique et déploie de magnifiques qualités lyriques dès l’entrée des solistes.
Dans le “Dies Irae” et le “Tuba Mirum”, Païta explore la partition jusque dans les moindres détails, révélant avec une grande richesse sa structure polyphonique ainsi que l’entrelacement sublime du grand orchestre, des chœurs et des voix solistes.
La soprano Heather Harper convainc par un mélange unique de chaleur vocale et de profondeur émotionnelle. Josephine Veasey — la Fricka de Karajan dans “L’Anneau du Nibelung” — brille par la beauté de ses couleurs vocales. Quant à Carlo Bini, dont le souvenir n’est pas celui d’un ténor au timbre particulièrement raffiné ou séduisant, il livre ici une prestation de qualité sous la direction de Carlos Païta : un chant lyrique aux sonorités méditerranéennes, exempt de ce vibrato excessif qu’on lui a parfois connu. La basse sonore, à la fois cultivée et suave, de Hans Sotin complète le quatuor en tant que “basso cantante” typique.
L’approche intransigeante de la partition de Verdi, la rhétorique des phrases ciselées avec une grande richesse de détails, l’intensité hautement dramatique de l’expression musicale et, enfin, la concentration et la discipline phénoménales que Païta exige de ses musiciens font de cet enregistrement un document sonore exceptionnel, se situant à mi-chemin entre l’interprétation profondément religieuse d’un Karajan ou d’un Abbado et l’approche théâtrale, voire opératique, de Bernstein et Mehta.
Réalisé pour Decca selon le procédé quadriphonique et remarquablement restauré par Alain Gandolfi, cet enregistrement joue habilement avec l’acoustique et met en valeur la force expressive de Païta.
Remy Franck
