
BRAHMS Symphonie n° 1 en do mineur, op.68 ; Concerto en ré majeur, op. 77
BEETHOVEN Symphonie n° 5 en do mineur, op. 67 ; Symphonie n° 7 en la majeur, op.92, violon, Ayla Erduran, The National Philharmonic Orchestra of London, The Philharmonic Society of London, direction : Carlos Paita
PALAIS DES DEGUSTATEURS PDD040 (2 CD)
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BRUCKNER Symphonie n° 9 en ré mineur
Philharmonic Symphony Orchestra, direction : Carlos Paita
PALAIS DES DÉGUSTATEURS PDD043
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DVOŘÁK
Symphonie n° 7 en ré mineur, op.70 ; Symphonie n° 8 en sol majeur, op. 88 ;
Symphonie n° 9 en mi mineur, « Du Nouveau Monde »,
JANÁČEK
Taras Bulba
Orchestre symphonique royal, direction : Carlos Paíta
PALAIS DES DÉGUSTATEURS PDD045 (2 CD)
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MOZART Symphonie en sol mineur, K. 550
STRAUSS A Heldenleben, op. 40
Grand Orchestres symphoniques RTB-BRT, direction : Carlos Paíta
PALAIS DES DÉGUSTATEURS PDD050
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Dix ans après la disparition de Carlos Paíta (1932-2015), la parution de ses enregistrements chez le label français Palais des Dégustateurs ravive l’intérêt pour le cas singulier de ce chef d’orchestre controversé, qui, de son vivant, avait déjà suscité des opinions très divergentes, oscillant entre l’admiration inconditionnelle des uns et les critiques acerbes des autres. Ce coffret, qui débute par le couplage des Huitième Symphonies de Bruckner et de Chostakovitch, juxtapose rééditions et enregistrements inédits, permettant de s’interroger sur le caractère excentrique et profondément personnel de cet interprète des œuvres du répertoire le plus populaire. Né à Buenos Aires dans une famille d’origine italienne, peut-être encouragé par sa mère, chanteuse et passionnée d’opéra, il commence par prendre des cours particuliers de piano et de composition, et décide de se consacrer à la direction d’orchestre après avoir assisté à une répétition d’un concert de Wilhelm Furtwängler. Ses contacts avec Artur Rodiznski furent tout aussi déterminants pour son développement, et à 24 ans, il fit ses débuts de chef d’orchestre au Théâtre de Cologne, où il travailla également comme chef d’orchestre remplaçant. En 1966, il donna son premier concert à Stuttgart, et deux ans plus tard, il s’installa définitivement en Europe, débutant par une anthologie d’œuvres wagnériennes chez Decca. Suivirent le Requiem de Verdi, la Troisième Symphonie de Beethoven, une sélection de symphonies de Rossini, la Première Symphonie de Mahler, la Fantastique de Berlioz, qui remporta le Grand Prix du Disque de l’Académie Charles Cros, et une sélection d’ouvertures célèbres. Tous ces enregistrements, parus dans la série Phase 4, furent ensuite réédités par le label suisse Lodia, maison de disques fondée spécialement pour lui par un groupe de financiers, qui constitua également un ensemble pour l’enregistrement de nouveaux disques : l’Orchestre symphonique philharmonique. On peut déjà l’entendre sur le double album consacré à Beethoven et Brahms, qui réunit quatre enregistrements Lodia réalisés entre 1981 et 1985, dont celui du Concerto pour violon, op. 77, paru pour la première fois en CD. Les qualités singulières de l’interprète se révèlent dès l’introduction du premier mouvement de la Première Symphonie de Brahms, avec sa grande liberté de tempo et l’accentuation inhabituelle, presque brutale, donnée aux timbales. Cette ouverture est emblématique d’une interprétation résolument attachée à recréer la Symphonie dans une dimension intense et exaltée, marquée par une théâtralité des effets qui frôle parfois la vulgarité. Dans le Concerto, Paıta collabore avec Ayla Erduran, la violoniste turque récemment disparue, dont le jeu, dans cet enregistrement, présente un son faible, âpre et instable, mais dont le phrasé possède parfois une expressivité intéressante, non sans quelques problèmes d’harmonie avec le chef d’orchestre, notamment dans un Finale quelque peu décousu. Les deux symphonies de Beethoven sont très singulières. Dans la Cinquième, Paíta semble se référer à des interprétations passées, marquant solennellement les cinq premières mesures comme une introduction, avant d’enchaîner sur le tempo approprié de l’Allegro con brio. L’ensemble de l’exécution est marqué par une force brute, non sans une certaine lourdeur rhétorique, due notamment à la lenteur générale, exception faite du final Allegro débridé. On perçoit un phénomène similaire dans la Septième, dirigée avec un calme mesuré dans les deux premiers mouvements, puis s’élançant à un rythme effréné dans les deux suivants, ce qui confère un certain déséquilibre à la structure d’ensemble.
Païta n’avait enregistré les Symphonies n° 4 (en 1987) et n° 8 (en 1982) de Bruckner que pour son propre label, Lodia. Cette Symphonie n° 9, qui reproduit un enregistrement public de 1992, dont le lieu reste inconnu, constitue un ajout significatif à sa discographie, ainsi qu’à celle de Bruckner, du moins par l’originalité de l’interprétation. Sa durée totale d’environ 51 minutes indique déjà qu’il s’agit de l’une des interprétations les plus rapides de toute la discographie et, dans le cas du Scherzo tourbillonnant (8’25”), de la plus rapide de toutes. En réalité, cependant, les tempos au sein des trois mouvements ne sont en aucun cas uniformément rapides ; ils s’allongent même parfois de façon improbable avant de s’élancer dans des accélérations convulsives. L’image traditionnelle d’une confrontation métaphysique avec la mort est ici remplacée par celle d’une lutte désespérée qui ne conduit jamais à une reddition résignée, pas même dans l’Adagio final. Cette interprétation, ponctuée à parts égales d’interprétations irritantes et d’éclairs d’inspiration singuliers, risque de déconcerter les puristes de Bruckner au moins autant que l’enregistrement de Celibidache par EMI, son exact opposé. Elle mérite néanmoins une écoute, même si l’orchestre semble souvent peiner à se plier aux exigences étranges du chef d’orchestre sans parvenir à le satisfaire pleinement. Les trois dernières symphonies de Dvořák, enregistrées en 1982 (la Septième) et 1989 (les Huitième et Neuvième), figuraient au catalogue Lodia, tandis que l’interprétation de Taras Bulba de Janáček provient d’un enregistrement public de 1980, réalisé dans un lieu non précisé. Dans le premier cas, nous découvrons un aperçu de la vivacité expressive et de l’exubérance qui caractérisent le style de cet interprète talentueux et imprévisible. Le drame sombre de la Septième est accentué par une interprétation frénétique et fiévreuse, voire violente dans l’Allegro final, qui accorde peu d’importance aux aspects folkloriques et naturalistes du musicien bohémien. Dans la Huitième, l’énergie s’allie au lyrisme, atteignant des moments d’émotion authentique dans l’Adagio et le délicat Allegretto, avant de déborder d’une vitalité joyeuse dans l’Allegro con fuoco final, orné d’une dynamique exceptionnellement sobre. Dans Noah, en revanche, la poétique de l’excès, chère au chef d’orchestre, prévaut à nouveau, avec une exagération systématique des tempos et des nuances, toujours en quête d’effets surprenants (il suffit de penser à l’inexorable lenteur du Largo contrastant avec la frénésie du Scherzo), ce qui risque souvent d’altérer l’essence même de l’univers poétique de Dvořák. L’œuvre de Janček semble bien centrée, mais souffre d’une reproduction sonore insatisfaisante, allant jusqu’à déformer les passages fortissimo. Enfin, les enregistrements du quatrième disque, également limités par une qualité sonore médiocre, proviennent de deux concerts donnés à Bruxelles avec l’Orchestre de la Radio Belge en 1968 et 1969. La Symphonie en sol mineur de Mozart figure pour la première fois dans la discographie du chef d’orchestre avec cette interprétation, assez discutable quant aux idées et étrangement peu aboutie. Le Molto allegro initial est d’une rapidité appropriée, mais ce tempo se traduit par une exaltation enjouée, presque dansante, plutôt que par l’atmosphère angoissée et fiévreuse attendue. L’Andante est trop lent, et le Finale, en revanche, est très rapide mais étrangement dépourvu de nuances dynamiques, ce qui est assez inhabituel pour ce chef d’orchestre. Bien plus intéressante, cependant, est la Vie d’un homme d’exception de Strauss, dont il a déjà enregistré Lodia avec l’Orchestre philharmonique de Belgique. Ici, l’œuvre est interprétée par un orchestre modeste, mais dans une version intéressante, qui tend à remplacer le timbre luxuriant et l’éloquence majestueuse habituels par un récit plus profond et dramatique, obtenu grâce à des tempos généralement lents et des contrastes dynamiques très marqués. Quoi qu’il en soit, cette interprétation confirme l’originalité d’un artiste souvent controversé, voire parfois agaçant, mais jamais ennuyeux.
Giuseppe Rossi

