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LIADOV / Billy Eidi, piano

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Anatoli LIADOV, œuvres pour piano

Osera-t-on se servir d’une métaphore botanique ? Liadov avait reçu d’un critique le surnom de « Mimosa pudica ». Scriabine, son cadet de quinze ans, était traité de « Narcisse » par Rimsky-Korsakov. Voilà entre ces deux hommes, parfois si proches de langage, tous deux à la proue de la descendance russe de Chopin, et qui s’aimaient et s’admiraient mutuellement, une différence fondamentale, une antinomie de caractère : elle explique pourquoi l’un, au génie imprévisible et fulgurant, tour à tour contemplatif, en extase, ou tourmenté jusqu’à l’outrance, fut vite célèbre, et l’autre, trop secret, trop mesuré, si longtemps méconnu.

Liadov trouva d’abord un modèle en Schumann, dont l’influence éphémère, outre les Birioulki op. 2 qui « refont » les Papillons, lui inspire ses morceaux les plus vastes et les plus fiévreux, les Impromptus op. 7 et 8, la Novellette op. 20. Il s’en détourne peu à peu, pour marcher avec assurance, avec confiance et délices, disons mieux : avec reconnaissance, dans les traces toujours fraîches de Chopin. Mais des genres chopiniens, il ne retient que les plus brefs : le prélude, la mazurka, la valse, l’étude. Sa Barcarolle est un raccourci de celle du Polonais, en moins de pages et de temps. Il laisse certes deux cahiers de variations, qu’on donne parfois comme preuve, a contrario, qu’il peut fournir à la dépense, au minutage : mais un cycle de variations, si l’on n’est ni Brahms ni Reger, encore moins Rachmaninov, ne fait qu’additionner des instantanés… S’il a bien écrit une Ballade (op. 21), non pas en visionnaire, ni pour libérer des démons intérieurs, mais pour chanter, modestement, et presque pauvrement, « les temps anciens » de la Russie (on en joue plus fréquemment la version orchestrale), on ne trouve dans son catalogue pianistique ni polonaise ni scherzo, ces formes où Chopin démontre, avec éclat, qu’il n’est pas seulement un miniaturiste. Il s’est gardé d’offrir, à ce piano tant aimé, un concerto. Et bien sûr, aucune démangeaison de sonate (qu’en ferait cet indolent, ce rêveur invétéré ?), quand Scriabine en compose une douzaine, avec sans cesse plus d’invention et d’audace.

Ce dernier mot définit précisément ce qui manque à Liadov – ou ce qu’il se fait fort de ne point révéler ; ce que peut-être, au fond de lui-même, il méprise. Formulons-le autrement : son audace est de se soucier avant tout de goût, d’élégance, de correction, de proportion ; de mettre des soins d’orfèvre dans la moindre page, la moindre ligne de musique, la poursuite obstinée du beau équivalant à celle d’un sens à sa vie ; mais aussi, dans le sein de ces formes brèves et avec un langage hérité, de se montrer plus original que bien des « inventeurs », de toucher plus vite – et plus juste – à l’émotion la plus vraie...

Guy Sacre

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