J.S. BACH - Six Partitas BWV 825 - 830 | Robert LEVIN
L’album qui nous occupe est né de l’initiative du producteur, Eric Rouyer. Dans une notice, Aubert de Villaine explique sa rencontre avec Robert Levin et précise que ce dernier « avait depuis longtemps l’envie pressante d’enregistrer son interprétation personnelle, avec des mots qui sont aussi ceux du vin : exigence, équilibre, pureté, finesse, subtilité, texture… » Il évoque aussi une « assurance mêlée de modestie » et « cette extraordinaire symbiose que peut créer la musique quand elle marie un compositeur de génie, comme Bach, l’universel, et un interprète qui en a cherché et retrouvé l’esprit (…) ». Après cette lecture, le chroniqueur ne peut que se lancer à son tour dans l’aventure afin de vérifier si les propos tenus avec tant d’éloges sont conformes à l’objet fini. Tout de suite, il tombe sous le charme d’une interprétation hautement vivifiante, avec une infinie richesse de timbres, une facilité sonore permanente et un dynamisme enthousiasmant. Le discours est toujours d’une franchise, d’une liberté et d’une fraîcheur remarquables. Levin n’hésite pas à se lancer dans des ornementations, parfois de son cru (le mot est de circonstance !), toujours dans une ivresse (même remarque !) mélodique qui emporte l’adhésion. Le piano Steinway sonne avec une évidence absolue et une ampleur mesurée que l’ingénieur du son, Alain Gandolfi, maîtrise très bien. Il faudrait pouvoir détailler chaque mouvement des six Partitas, ce qui réclamerait une étude bien plus large. Contentons-nous de signaler, comme mise en bouche, le Menuet de la BWV 825, d’une spontanéité jaillissante, la subtile Courante de la BWV 826, la délicatesse de la Sarabande de la Partita n° 5, suivie d’un Tempo di Minuetto ailé, ou la Toccata de la Partita n° 6, noblissime. Pour pimenter le tout, on trouve aussi l’une ou l’autre version alternative, de la Gigue de la Partita n° 3 ou de la Gavotte de la BWV 830. Le musicologue Levin n’a pas hésité à se plonger dans diverses éditions et en a retiré la substantifique moelle. Pour le bonheur absolu de l’auditeur qui sort de cette aventure, ravi et émerveillé. Ou enivré ?
