
17/03/2026 / Santiago Martín Bermúdez
LIADOV : Œuvres pour piano. Billy Eidi, piano. LE PALAIS DES DÉGUSTATEURS (1 CD)

Anatoly Liadov n’avait que dix ans de moins que Rimski-Korsakov, mais il subissait l’influence du Groupe des Six. Cette influence n’était pas sans nuance ; les Cinq cessèrent bientôt de former un groupe soudé (l’ont-ils jamais été, malgré ce qu’en disait Vladimir Stassov ?), car Rimski-Korsakov se consacra à l’enseignement et l’influence du rigoureux Balakirev s’estompait. Ainsi, Anatoly Liadov apparaît comme un compositeur influencé par le nationalisme doux et souvent magique du Groupe, mais aussi comme l’une des figures de proue de ce qui allait devenir une magnifique école de pianistes : l’école russe. Il ne composa ni concertos ni sonates ; peut-être était-il trop impressionné par son collègue beaucoup plus jeune, Alexandre Scriabine.
Ce CD nous offre l’opportunité de découvrir de nombreuses pièces d’un répertoire qui cultive la miniature : préludes, mazurkas, une idylle (la pièce la plus longue de ce récital, sept minutes) ; et surtout, des pièces que Liadov appelle « solo morceaux», c’est-à-dire des fragments, de courtes pièces. Il est, sans grande exagération, le Chopin russe. Il s’est aventuré dans la musique orchestrale, comme avec le poème symphonique Le Lac enchanté ; et il fut le professeur de compositeurs qui allaient connaître une grande renommée, tels que Prokofiev et Miaskovski. On se souvient toujours qu’il n’a pas composé L’Oiseau de feu , tout comme Tcherepnine, et que Diaghilev l’a donc commandé au jeune Igor Stravinsky.
Ce CD rassemble une sélection de morceaux classés par genre, et son écoute est un véritable plaisir. On pourrait dire que ces vingt-cinq pièces s’apprécient d’une traite, sans qu’il soit nécessaire d’en analyser les détails, du moins à la première écoute. À la seconde, vous pourrez les examiner plus attentivement ; vous aurez déjà goûté au plaisir, et il sera alors temps d’apprécier pleinement les magnifiques interprétations de Billy Eidi, pianiste exceptionnel né en Égypte, mais d’origine libanaise et française depuis de nombreuses années.
Santiago Martín Bermúdez
