Scherzo : Un livre et une « Sixième » de Mahler inédite enrichissent la redécouverte de l’héritage de Carlos Païta


03/10/2026

Le Palais des Dégustateurs, le label français qui œuvre depuis quelques années à la redécouverte de l’héritage discographique de Carlos Païta (Buenos Aires, 1932 – Genève, 2015), a publié *Carlos Païta, dans le fracas d’un son plein d’épouvante. Physionomie musicale d’un chef d’orchestre* d’André Hirt. Il s’agit du premier ouvrage monographique, toutes langues confondues, consacré au chef d’orchestre argentin. Ce livre de 161 pages s’inscrit dans le regain d’intérêt pour une figure qui, après avoir occupé une place singulière dans le paysage discographique des années 1970 et 1980, était restée pendant des années pratiquement absente de la vie musicale.

Païta a mené une carrière délibérément indépendante et a laissé une discographie marquée par une conception très personnelle du grand répertoire symphonique, notamment les œuvres de Beethoven, Berlioz, Brahms, Bruckner et Mahler. Après ses premiers enregistrements pour Decca, une grande partie de son héritage a été publiée chez Lodia, un label créé autour du chef lui-même. Ces dernières années, Le Palais des Dégustateurs a entrepris de remettre en lumière aussi bien ces enregistrements que des documents inédits conservés dans diverses archives.

L’ouvrage d’André Hirt ne se veut pas tant une biographie conventionnelle qu’un essai sur la personnalité artistique et la conception de l’interprétation propres à Païta. L’auteur y aborde le répertoire du chef, son rapport singulier au son ainsi qu’une approche de l’interprétation privilégiant l’intensité expressive et une vision radicalement subjective des œuvres. Ce livre a par ailleurs été réalisé avec la collaboration d’Alexandre Païta, le fils aîné du chef.

Cette publication coïncide avec un nouvel apport majeur à sa discographie. Le Palais des Dégustateurs vient de publier son interprétation de la Symphonie n° 6 de Gustav Mahler, issue d’un concert donné par Païta à la tête de l’Orchestre philharmonique de Liège en 1997. L’enregistrement, réalisé par la radio-télévision belge, était resté inédit et constitue un document exceptionnel : ce concert marqua la dernière apparition publique du chef d’orchestre. Comme l’a raconté Alexandre Païta, avant de monter sur scène, son père lui avait confié qu’il espérait que ce ne serait pas son dernier concert. Ce fut pourtant le cas.

Cette parution permet ainsi d’entendre Païta au tout dernier stade d’un parcours qui s’était souvent déroulé en marge des structures habituelles de la vie musicale. Après ce concert de 1997, sa présence publique a pratiquement cessé et le chef est resté éloigné de toute activité artistique jusqu’à sa mort à Genève, en 2015.

Le regain d’intérêt pour Païta a également trouvé un écho dans la revue *SCHERZO*. Dans son numéro de juillet-août 2026, le magazine a publié un long article intitulé « Carlos Païta : le dernier romantique », signé Mario Muñoz Carrasco ; ce texte retrace le parcours et la personnalité artistique singulière d’un chef passionné et controversé, dont l’héritage commence désormais à réapparaître de manière systématique dans le paysage discographique.