« L’Art de la Fugue « , ou l’art de respirer Bach : exprimer une vie intense et vibrante à l’approche de la rencontre avec Dieu… Ce que nous dit le beau récit inspiré, à son piano, de David Lively en son CD « L’Art de la Fugue » du Palais des Dégustateurs…
Écrit par francislippa

Une œuvre, « L’Art de la Fugue » (BWV 1080), dans la partition de laquelle, selon l’entretien que David Lively a eu avec Stéphane Friédérich, qui nous est donné aux pages 4 à 11 du livret du CD, David Lively « entend – et nous transmet au plus près de sa vérité – la voix d’un compositeur très concerné par la mort et la recherche – urgemment concomitante – de la perfection à la fois polyphonique et contrapuntique » en train de sourdre musicalement de ses doigts de compositeur posés sur le clavier – probablement un clavicorde, alors : l’instrument privilégié de l’intimité domestique… Bach ayant une « conscience – particulièrement aigüe surtout à ce moment : la composition de « L’Art de la Fugue« s’étend de 1737 à 1748, indique le livret… – que le long chemin qui le mène à Dieu va bientôt atteindre sa destination » – ce sera le 28 juillet 1750, et chez lui, à Leipzig.
David Lively ressentant en cette œuvre « une sorte de dissolution de la matière sonore » – en train de s’opérer au fil des pièces s’architecturant dans la composition… – , précise que pour lui – lecteur de la partition et interprète à son piano – , « il s’agit – de la part de Bach composant – d’une quête – tant spirituelle qu’existentielle : les deux ne faisant qu’un pour Bach… – de l’abstraction de la pureté, de l’invocation, afin de se rapprocher de Dieu – qu’il sert : voilà ! Cette contrainte – que Bach s’impose ainsi à son écritoire – se conjugue avec une – formidable – aspiration à la vie – en et par cette musique – jusque dans les rythmes de danses parfois à peine esquissés« …
Et « l’expressivité – tant de l’œuvre que de son interprétation… – est essentielle à mes yeux« , souligne David Lively ; « l’idée de dissolution nouant – ajoute-t-il en tant qu’interprète à son piano – ma recherche d’un toucher toujours plus fin » –parfois quasi murmuré, au bord du silence, avec profonde humilité… : « Ici, tout est affaire de respiration – voilà bien l’essentiel ! – plus encore que de tempo » – plus ou moins rapide… – , au point que le silence entre les pièces – s’interprétant au concert comme à l’enregistrement – est, lui aussi, déterminé par une logique musicale » – le plus fidèlement possible à l’instant de l’interprétation…
Et David Lively d’ajouter ici :
« La complexité et l’abstraction – d’œuvres (tels les concertos de Busoni et Fürtwangler, ou les œuvres contemporaines d’Elliott Carter) qu’il aime beaucoup jouer – ne m’intéressent qu’à la condition qu’elles expriment une vie intense et vibrante – voilà, voilà ! – à l’instar d’une fugue à trois voix. L’abstraction sans la sensibilité n’a que peu d’intérêt. C’est – bien là – le message de L’Art de la Fugue.«
Une interprétation de David Lively qui fait date, même si ce n’est pas au clavicorde…
Francis Lippa
