MUSICWEB : Carlos PAÏTA – CHOSTAKOVITCH * BRUCKNER / Symphonie n°8

Dimitri Shostakovich (1906-1975)
Symphonie n°8 op. 65 (1943)
Anton Bruckner (1824-1896)
Symphonie No. 8 (Haas version) (1887)
Orchestre symphonique philharmonique/Carlos Paita
Rec. 1981-82, Kingsway Hall, Londres (Bruckner); lieu non spécifié mais concert en direct (Shostakovich)
Le Palais des Dégustateurs PDD036 [2 CD: 129]

Je comprends que ces lectures ésotériques du répertoire majeur de base, lorsqu’elles sont émises en vinyle dans les années 1980, sont sorties sur Swiss Lodia: le propre label du chef d’orchestre. La famille de Carlos Paita doit être chaleureusement félicitée pour avoir traqué les maîtres à partir desquels les enregistrements actuels ont été tirés et les avoir diffusés sur CD à un public curieux. Pour une fois que la curiosité est récompensée par des interprétations et des enregistrements qui sont enrouement excitants et dynamiques; certainement j’ai trouvé cela pour être le cas avec le Bruckner.

Paita, qui est né à Buenos Aires en 1932, semble être effectivement tombé dans l’oubli et est resté ainsi jusqu’à sa mort à Genève en 2015, et au-delà. De tels phénomènes ne sont pas inouïs: un autre nom et une autre réputation qui sont tombés dans une oubliette similaire, sinon identique, était Loris Tjeknavorian.

Commençons par les contreforts comparatifs. On dit que le Shostakovich 8 de Paita dérive d’une performance en direct. Il est fort et piquant, mais il n’a pas la râpe étudiée et le glamour du Bruckner 8. D’ailleurs il n’y a pas d’applaudissements, et, c’est peut-être mon inattention, mais je n’ai entendu aucun bruit d’audience ou une ambiance étouffante entre les mouvements. Le premier mouvement est néanmoins un long adagio. Vous pouvez certainement choisir toute la dynamique de fff à ppp, mais où est le bord affronté en acier? Dans le troisième mouvement, le son du gong «cataclysme» à 6:05 est vivant avec impact. La charge électrique du Bruckner ne se trouve pas dans le Shostakovich de Paita. Au fait, on ne nous dit pas la salle ou la date exacte du concert de Chostakovich.

En revanche, le Bruckner 8 de Paita s’envole assez bien dans l’édition Robert Haas. Malgré tout, à mes oreilles, cela semble adroitement rythmé. Jouer est élémentaire, surtout à partir des bancs de cuivres et je dis ceci si les joueurs sont pris en plein vol prolongé de talon ou en subtilité miellée. La propagation stéréo vous fera exciter car elle retrace de manière pointue le « rebond » d’autre et de « rebond » du deuxième mouvement rapide, où il n’y a que quelques points où le progrès a senti un acarien se précipiter. La profondeur avant-arrière est également bonne. Une grande illusion auditive; un tel aspect ajoute de la profondeur, de la poignance et de l’adrénaline à l’enregistrement, qui dans ce cas est un événement plutôt qu’un exercice. Dans la finale de 21 minutes, la magnificence brûlée et fredonnée de l’orchestre est superbement prise. La basse a la conviction et une qualité baryonnale naturellement soulignée.

Ce Bruckner est du côté « calculé » mais n’est pas de nature à amortir la réponse du cœur – au contraire. La salle Kingsway Hall – un « temple du son » de Decca/Londres – ne fait qu’améliorer les attractions de la musique. Je ne cesse de revenir au son qui est d’une telle résilience pellucide que vous pourriez, j’en suis sûr, retranscrire la partition complète en entendant cet enregistrement. Chaque détail semble être fier: pas de flou, pas de smog, pas de généralisation mate. Superbe son pour un enregistrement vieux de plus de quarante ans. Je vais prendre un petit risque et garantir qu’après avoir entendu ce disque une fois que vous le rejouerez rapidement: soit le tout, soit certains mouvements.

Le Bruckner, pour moi, c’est le point de vente du signal de ce disque. C’est étonnamment bon.

Robert Barnett